Nous utilisons nos propres cookies tiers afin de personnaliser notre contenu, de vous proposer des fonctionnalités relatives aux réseaux sociaux et d’analyser la fréquentation du site web. Vous pouvez accepter l’utilisation de cette technologie ou la refuser (auquel cas votre navigateur sera redirigé vers un autre site).

En poursuivant votre navigation ou en cliquant sur « J’accepte », vous accepterez l’utilisation des cookies détaillés ci-dessous :

Type de Cookie Domaine Description
Cookies de session edgeent.fr Cookies techniques permettant de conserver vos informations de session et de maintenir la connexion.
Réseaux Sociaux facebook.com Cookies de Réseaux Sociaux qui vous permettront de partager du contenu depuis notre site web.
Réseaux Sociaux twitter.com Cookies de Réseaux Sociaux qui vous permettront de partager du contenu depuis notre site web.
Réseaux Sociaux instagram.com Cookies de Réseaux Sociaux qui vous permettront de partager du contenu depuis notre site web.
Analyses Google google.com Cookies permettant une analyse statistique des visites sur notre site web.

Politique de Cookies Accepter Refuser

Défiez la Réalité
FR · ES
 
Panier
Votre panier est vide.
Rendez votre panier utile en le remplissant de jeux, de livres et de bien d'autres choses.
La Légende de Davy Jones

La Légende de Davy Jones

Prologue de Rum & Bones

« Alors c’est ça, le trésor de Davy Jones ? ricana Draber, le petit nouveau, les yeux rivés sur l’énorme coffre fretté de fer.
— Eh ouais, mon pote, c’est bien lui, répondit Collin, son camarade de bord et plus vieil ami. Tu veux l’lorgner d’plus près ? Amène donc cette lanterne. »

Draber décrocha la lanterne qui oscillait mollement et s’approcha. La mer était calme, la charpente du navire craquait à peine et l’eau sifflait contre ses flancs. Il s’immobilisa au-dessus du coffre, comme inquiet.

« Le Capitaine va pas nous dépiauter pour avoir farfouillé dans son trésor ? »

Collin déverrouilla le coffre.

« Nan, pioche pas d’dans, et il en saura rien. Et puis, où est-ce que t’irais l’dépenser en pleine mer ? »

Il souleva le couvercle, et un nombre incalculable de pièces de huit étincelèrent à la lueur de la lanterne.

Draber tenta bien de les compter, mais le calcul n’était pas son fort et il ne dépassa jamais la vingtaine. Et des vingtaines, autant dire qu’il y en avait un paquet, aux formes irrégulières, originaires de toutes les nations du monde et frappées au cours des siècles. Comme douée de volonté, la main du jeune homme se rapprocha du butin. Il voulait l’y plonger, sentir les pièces glisser entre ses doigts. Collin referma brutalement le couvercle, et il eut aussitôt un mouvement de recul.

« Contrôle-toi, mon pote. T’as eu ta pièce quand t’as r’joint l’équipage. Celles-là, c’est celles du Capitaine. Leur magie est ancienne, et seuls le Capitaine et les officiers savent comment la faire fonctionner. »

Draber sortit sa pièce de la poche de sa vareuse. Elle était belle, comme toutes les pièces, quoiqu’ordinaire. Il la fit tourner entre ses doigts.

« C’est donc ça qui nous protège, hein ? Notre bonne étoile, en quelque sorte.
— Ouais, enfin c’est plus que ça, mon pote. J’ai été suriné, matraqué, noyé, étranglé, et une fois j’ai même pris une volée de mitraille en pleine trogne. Mais est-ce que j’ai l’air d’un macchabée ? demanda-t-il en se tapotant le crâne. Non, mon pote, sûr’ment pas. J’finis toujours par m’réveiller dans la cale, comme tous les autres. Tu verras dès qu’on croisera la route d’une proie. »

Draber avait déjà entendu cette histoire de la bouche d’autres membres d’équipage. Il avait mis cela sur le compte du grog et de leur forfanterie coutumière, mais il connaissait Collin depuis des années. Il n’était pas trop porté sur la boisson – enfin, pour un pirate – et n’était pas du genre à raconter des bobards (excepté aux jeunes filles des tavernes).

« Si tu le dis, mon vieux », fit-il en secouant la tête.

Collin afficha un large sourire. Il avait les dents du bonheur ; l’une d’elles, en or massif, étincela.

« Tu m’crois pas vraiment, hein ? Tu préfères finir au fond d’la grande Baille ? »

Draber haussa les épaules.

« Ainsi va la vie en mer, mon vieux. J’ai toujours pensé que j’y finirais. Sous réserve de ne pas être pendu à terre. »

Une voix grave émanant de l’échelle les fit sursauter tous les deux.

« Une vie de pirate, c’est de ça que tu rêves ? » Une silhouette énorme se dessina à la lueur de la lanterne : un homme de grande taille, aux larges épaules, avec une immense barbe rousse. Le Capitaine Pale en personne. « Draber, c’est ça ? Tu ne crois pas Collin ? »

Draber se redressa aussi sec et tenta ridiculement de se repeigner en passant ses mains dans ses cheveux hirsutes.

« Non, Capitaine… Capitaine Pale. Ce n’est pas ça. C’est juste que… C’est difficile à avaler pour un esprit rationnel comme le mien. »

Le Capitaine Pale ricana pendant quelques secondes, puis dégaina son pistolet et l’abattit d’une balle en pleine poitrine. Draber tressaillit au son assourdissant que provoqua la détonation dans l’espace confiné, puis il sentit le projectile lui perforer la cage thoracique avant de se loger dans son cœur. Il poussa une sorte de râle gargouillant et bascula en avant.

Il se réveilla sur le dos quelques instants plus tard, toujours dans la cale. Collin était penché au-dessus de lui, et le Capitaine Pale se tenait près de son coffre au trésor dont il examinait le contenu. Draber avait l’impression d’avoir avalé un tonnelet de rhum. Il se redressa en grognant pour s’asseoir, et se retrouva face au visage de Collin qui lui souriait à pleines dents.

« Tu vois, mon pote ? » fit Collin, qui tritura le trou dans la chemise de Drabber couverte de sang encore chaud. « T’es pas mort, et t’as pas r’joint la grande Baille. C’est ça la magie de Davy Jones. »

Le Capitaine Pale prit la parole sans leur accorder un regard.

« La grande Baille est bel et bien ouverte, mes amis. Ceux qui meurent en mer peuvent revenir s’ils possèdent une pièce. Et ceux qui n’en ont pas y sont piégés, perdus entre les mondes, incapables de trouver le repos ou de revenir. »

Draber en eut des frissons.

« C’est de la magie noire », marmonna-t-il.

Le Capitaine l’entendit.

« Sans doute, mon ami, sans doute », dit-il avant de prendre une poignée de pièces et de les laisser filer entre ses doigts. « Davy Jones n’a probablement jamais rien connu de plus noir. Mais maintenant… ». La dernière pièce retomba dans le coffre, et le Capitaine Pale se tourna vers eux, les yeux pétillants. « Davy Jones est mort.
— C’est vrai, confirma Collin. On l’a vu. »

Draber n’en croyait pas ses oreilles.

« Comment ce qui est déjà mort peut-il mourir à nouveau ?
— Bonne question »
, répondit le Capitaine, qui commença à faire les cent pas, les mains derrière le dos, comme perdu dans de vieux souvenirs.

« C’est au large de Madère que le Flying Dutchman est apparu dans notre sillage. Il m’a fallu un peu de temps pour comprendre que c’était lui. Ce n’était qu’un point à l’horizon, avec de gros nuages noirs amoncelés derrière lui. Nous nous sommes rapprochés, toutes voiles dehors, pour nous retrouver face à un prédateur sanguinaire.

« Alors nous avons filé vers l’ouest sud-ouest, en direction des Caraïbes. Mais le Dutchman restait sur notre poupe et se rapprochait. Puis nous avons pris au sud, subi le grain, traversé des tempêtes et contourné un ouragan, droit vers les Sargasses et le Pot au noir, où nous avons ramé à nous en casser le dos pour remorquer notre navire sous un soleil brûlant. Puis nous avons retrouvé les alizés, sans guère plus de nourriture, et avec pour seule eau ce que le ciel voulait bien nous offrir.

« Mais le Dutchman ne nous lâchait pas. Tous les matins, le même cri : ‘Voile en vue sur l’arrière !’ Nous avons fini par craindre la venue de l’aube à cause du fantôme qui nous pourchassait.
— Ouais »
, le coupa Collin, pris d’un frisson. « Le Cap’taine s’est servi d’leurres, et la nuit on affrontait intrépidement les bourrasques toutes voiles dehors. Et pourtant il était toujours là, pas vrai, Cap’taine ?
— C’est exact, mon ami. Quand le Dutchman frappe, sa proie est condamnée. Alors comment avons-nous survécu ? Je vais te le dire : nous avons continué de fuir vers le sud sud-ouest. Le long de la côte du Brésil, avant de contourner le Cap Horn en pleine tempête, avec un vent qui tournait sans cesse, et nous autres qui faisions force de voiles. Puis au travers du Pacifique jusqu’à ce que nous rongions les quelques os de bœuf qui nous restaient, que plus un seul morceau de cuir n’ait été mâchonné à bord. Nous fuîmes dans des eaux étranges, où l’océan bouillonnait, où le ciel était gris comme la cendre et la mer rouge comme le vin.
— Quel spectacle, crois-moi, mon pote »
, l’interrompit Collin.

« C’est là que l’feu a frappé.
— Le feu ?! »

Draber était totalement captivé par le récit, comme s’il les avait accompagnés durant ce périple.

« Tout droit sorti de la mer, ajouta le Capitaine Pale. Un volcan, apparu sur notre poupe, qui vomissait pierres et flammes, comme tout droit sorties de la gueule de Satan en personne. Le Flying Dutchman fut touché par le milieu et arraché aux flots comme un fétu de paille.
— Hé, hé ! » ricana Collin. « Comme quoi y’ volait bien, pas vrai, Cap’tain ? »

Mais perdu dans son récit, le Capitaine Pale ne prêta aucune attention à sa remarque.

« Le navire se brisa en retombant sur cet enfer virginal. Fracassé. En flammes. Rien ne peut survivre à une chose pareille, mon ami. Pas même ce qui est déjà mort. »

Un silence de plomb régna pendant près d’une minute. Puis Draber fronça les sourcils.

« Je vous demande pardon, Capitaine, mais quelqu’un a-t-il vu Jones périr ? Comment être sûr qu’il a bien passé l’arme à gauche ?
— Ah ! Je vois que ton front bas cache un cerveau, Draber. Comment je le sais ? »
dit-il en lui jetant une pièce d’une pichenette. Draber la rattrapa avant de l’examiner.

« Le lendemain, les chaloupes mises à la mer en ont trouvé quelques-unes dans sa cale. Au début, on n’en a rien fait. Quelques-unes de ces bricoles ont été égarées et ont fini à fond de sentine. Mais leur pouvoir n’échappa pas à certains. Aux capitaines, principalement, ceux qui étaient de la même trempe que Jones. Avec assez de ces pièces, tu peux changer le cours des choses, mon ami, pour le meilleur comme pour le pire. Et il ne fallut pas longtemps pour que nous découvrions leurs… propriétés médicinales. »

Draber glissa le doigt sous sa chemise d’un air songeur, et le Capitaine poursuivit.

« Avec la grande Baille ouverte, les morts ne le restent jamais bien longtemps. Et le royaume de Davy Jones est à prendre. Alors nous cherchons, nous chassons et nous sillonnons les flots en quête de navires possédant ce genre de babioles. Car quiconque possède le trésor de Davy Jones gagne ses noirs pouvoirs, la maîtrise des flots et la grande Baille elle-même pour cacher son butin ! »

Draber baissa les yeux vers sa poitrine, comme abasourdi.

« C’est incroyable… » commença-t-il avant de réfléchir quelques instants. « Mais… Capitaine, quelqu’un d’autre connaît-il ces choses ? »

Le capitane Pale s’esclaffa avant de se tourner vers Collin.

« Décidément, c’est un malin.
— Ouais, cap’taine, et un ami de quinze ans. »

Le Capitaine Pale tendit la main pour aider Draber à se relever.

« Tu as survécu à ton initiation sans perdre la boule. Bienvenue parmi nous.
— Vous faites ça à tout le monde, Capitaine ?
— Non, juste aux nouveaux. Pour que tu n’aies pas peur de te jeter sur eux !
— Sur qui, Capitaine ? »

Le Capitaine afficha un sourire carnassier.

« Les Diables Osseux. »

Entendant des bruits de pas précipités, ils se tournèrent vers l’échelle au moment où un moussaillon sautait dans la cale.

« Des nouvelles de la vigie, Cap’taine. Des voiles noires à bâbord, et elles se rapprochent !
— Albrecht. Enfin », siffla le Capitaine. « Branle-bas de combat ! Et plus vite que ça, mes amis, il est temps pour nous de gagner quelques pièces ! »


News similaires



 
Plus de news
Plus de news
Up